Intervention Colloque Somatique & Politique au CND à Paris - Mars 2015

Publié le jeudi 08 octobre 2020 dans Projets Artistiques

Intervention "Natural Movement" colloque CND Eco Somatique

intervention Marie Motais colloque Eco Somatiques

Colloque Eco Somatiques

du 8 au 10 décembre 2014 au Centre National de la Danse, à Pantin.

À l'initiative de « Soma&Po. Somatiques, Esthétiques, Politiques » Groupe de recherche, laboratoire « Analyse des discours et pratiques en danse » Université Paris 8 Saint-Denis Vincennes

Les « pratiques somatiques » sont un ensemble de pratiques corporelles dont l'émergence en Occident commence au tournant du 20e siècle, et qui continuent à se développer jusqu'à aujourd'hui. Les initiateurs de ces méthodes argumentent le développement des méthodes d'éducation somatique comme une réponse directement issue des problèmes environnementaux causés par l'industrialisation grandissante des pays occidentaux et l'impact de ces changements sur les modes de vie (Gindler, Todd, Feldenkrais). L'urbanisation, les problèmes de pollutions, l'accélération des rythmes de vie et du rendement du travail modifient le quotidien des individus dont la qualité de vie en terme de corporéité se dégrade aussi vite que leur environnement. Dès ces débuts on peut proposer de construire une histoire de ces pratiques en regard d'une « contreculture verte », même si sa pratique actuelle en France, et dans l'ensemble des société post-industrielles, s'est normalisée au sein du vaste marché du « bien-être » récupérant au passage les pratiques corporelles orientales (yoga, taï-chi, qi qong...). En effet, les pratiques somatiques s'apparentent à ce qu'on pourrait appeler une « créativité environnementale » en réponse aux dégradations écologiques, dont il reste encore à cerner les modes de fonctionnement et le statut par rapport aux politiques publiques de soin, des loisirs et du monde des arts vivants.

Les pratiques somatiques ont connu un essor croissant dans le monde de l'art chorégraphique. Que les danseurs usent des somatiques à des fins purement techniques (efficacité et amplitude de mouvement), d'interprétation (gamme de nuances qualitatives du geste) ou encore personnelles (plaisir de se mettre en mouvement, de partager une pratique), tous veulent nourrir leurs connaissances par un ressenti interne reliant ainsi savoirs et savoir-faire. Combien, et comment, l'insertion des pratiques somatiques dans le champ chorégraphique vient-elle poser la question du rapport au monde, déplacer certaines approches de ce qu'il est difficile d'appeler « LE corps », ouvrir à un autre regard sur le rapport au milieu et aux autres ? En d'autres termes, en quoi peuvent-elles être vecteurs de questionnements politiques ? D'ailleurs, cet usage des danseurs est souvent à rapprocher de pratiques sociologiques plus globalement proches des mouvances écologiques. Ainsi, ces pratiques somatiques pourraient s'intégrer dans le développement d'une culture écologique, une culture de la soutenabilité. Cette notion fait référence à l'importance de la culture dans le processus de développement individuel, tant par le rôle constitutif qu'elle joue dans la construction des vies humaines que par le rôle participatif qu'elle tient dans les relations sociales et économiques. Or, la culture se tient au centre du principe de soutenabilité, puisque c'est par elle que notre rapport à la nature et à la communauté humaine se construit et s'opère.

Dans un tout autre contexte, les pratiques somatiques répondent aux nouvelles missions des structures de soin ou d'accompagnement social - qualité de vie, éducation thérapeutique, « autonomie »des personnes en « situation de handicap », art thérapie... Alternatives ou complémentaires, elles s'imbriquent dans un modèle socio- économique du soin en marge du « progrès techno-pharmaceutique » du modèle dominant. Ces pratiques proposent une co-construction du soin, voire de partage des responsabilités : tandis que le praticien propose un soin basé sur le toucher et le dialogue dans la durée, l'expertise du patient sur sa santé y (re)trouve une place tant dans le diagnostic que dans le remède. Dans quelle mesure l'intégration de ces pratiques dans le monde du soin peut-elle participer d'un changement de paradigme qui, plutôt que de travailler sur un corps-objet, introduirait d'emblée la question de la relation, du rapport avec le milieu, des manières de faire et de produire des champs d'expérience autres ? En ce sens, au-delà des singularités de chaque méthode, les pratiques somatiques partagent un certain nombre de principes proposant une approche écologique et notamment leur appréhension holistique du sujet et de son environnement. En effet, elles proposent de mettre au cœur de leur approche les interactions nécessaires à la vie - que cet écosystème soit celui de l'individu (en tant que multiple) ou celui de l'homme et de son milieu, que ces interactions soient avec les humains, les non-humains ou encore les éléments. En cela les pratiques somatiques s'intègrent dans un paradigme écologique de la santé et c'est cette possibilité de cadre théorique qu'il nous semble important de partager.
Pour cela nous avons conçu des journées d'échanges et de pratiques afin de construire des nouveaux espaces de réflexion autour des méthodes somatiques. Chaque journée sera consacrée à l'un des trois grands thèmes proposés : le soin, l'art et le politique – ce qui n'implique pas qu'il n'y ait pas de l'art dans le soin ou du soin dans l'art (et certainement du politique partout) mais que pour éclairer la proposition il nous faut d'abord l'effiler pour ensuite tisser une trame commune. Chaque matinée sera réservée à 2 heures de pratiques, des pratiques somatiques bien évidemment qui seront suivies d'une conférence plénière afin d'avoir un soma bouillant d'imagination et de propositions à partager lors d'un repas en commun. L'après-midi se consacrera à un premier temps d'exposés sur les liens entre écologie et somatique, invitant au débat afin d'activer de nouveaux cadres conceptuels. Un deuxième temps consacré à des récits d'expériences concrètes qui agissent au cœur de l'environnement social, physique, urbain... seront autant de manière de penser un mouvement qui nous fait traverser des « territoires », une manière de penser les transitions, les interactions.

Les propositions de contribution présentent des recherches touchant aux pratiques somatiques, corporelles, gestuelles ou dansées dans leur relation à l'environnement, et selon au moins l'un des trois axes (art, soin, politique)